Ecrire sur Gaza, de Jerusalem par Maïs Perle

Plusieurs jours que je souhaite écrire sur la situation à Gaza et dans les territoires. Ma tête et mon cœur bouillent. Ma gorge est glacée. La situation n’est pas aisée à expliquer. Les discours des uns et des autres s’entremêlent, le flux d’information est continu. Je suis branchée à Al-Jazeera, BBC, France 24, Al-Aqsa (la chaîne officielle du Hamas) en permanence. Je scrute la presse palestinienne, israélienne, française et anglophone : les noms d’Al-Quds, Haaretz, Jerusalem Post, Le Monde, New York Times, The Independent ou encore the Guardian tournent dans ma tête, comme assomée par l’horreur de la situation à Gaza.

Malgré la dureté de ce contexte et les tourments d’une guerre qui se poursuit depuis 15 jours, je me réjouis d’être à Jérusalem et de mieux comprendre la situation. Comme l’impression vive de m’approcher de la Vérité. Une vérité au visage glacial et glaçant.

Les bombardements israéliens se sont intensifiés ce matin. 18 jours d’une offensive sans précédent dans l’histoire du conflit israélo-palestinien. Certes, il y a eu l’offensive militaire sanglante contre le camp de réfugiés de Jénine en 2002, un camp de “résistants contre l’occupation israélienne” (source palestinienne), un camp abritant des “terroristes” (source israélienne). Amnesty International a d’ailleurs à l’époque accusé Israël de crimes de guerre. Selon ce rapport, l’armée israélienne a “tué des civils, torturé des prisonniers, utilisé des civils comme boucliers humains, détruit des maisons et empêché l’acheminement d’aide humanitaire et médicale aux Palestiniens.” Certes… Mais cette fois, les opérations militaires conduites par Israël (“plomb durci”) sont de plus grande envergure. Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas et le Premier ministre Salam Fayyad évoquent une nouvelle “naqba”, faisant référence aux conséquences de la guerre de 1948 (exil de la majorité des palestiniens, contraints à être réfugiés).

Gaza, bande de terre étroite (350 kilomètres carrés), peuplée par 1,5 millions de réfugiés palestiniens. Gaza, territoire le plus densément peuplé au monde (4000 habitants au kilomètre carré). Gaza, soumis à un siège économique depuis juin 2007 suite à la victoire du mouvement Hamas aux élections législatives en janvier 2006. Un siège soutenu par les Etats-Unis et l’Union européenne qui implique une restriction de la circulation des hommes et des biens (fuel, électricité, nourriture, médicaments… ). Isolement politique du Hamas, qui pourtant a été élu démocratiquement. Isolement d’une population entière. Des tunnels ont été creusés le long de la frontière de Gaza pour survivre au siège et éviter une crise humanitaire. Des tunnels qui ont permis d’approvisionner la bande de Gaza en vivres. Tout passait par ces tunnels (et même un crocodile pour le zoo de Gaza)! Les points de passage entre l’Egypte et Israël étant fermés, les gazaouis ont fait preuve d’inventivité pour survivre. Une économie parralèle s’est développée au bénéfice d’une population démunie. La ville de Rafah, à la frontière égyptienne, a prospéré aux dépens de Gaza-ville. Il était devenu rentable d’acheter un terrain et de creuser un tunnel. Environ 80 dollars était le prix de passage pour un être humain. Sans doute moins pour un âne ou un crocodile.

Israël, contrairement à ses déclarations, a rompu la trêve qui avait été conclue entre le Hamas et Israël en juin 2008. Les Etats-Unis ont fini par reconnaître, après avoir accusé le Hamas, qu’Israël était en effet responsable du viol de la trêve. Le 4 novembre dernier, Israël a pénétré dans la bande de Gaza et a tué plusieurs membres des factions palestiniennes et du Hamas. En réponse, le Hamas a repris ses tirs de roquettes contre Israël. Des tirs qui jusqu’à l’offensive militaire “Plomb durci” n’avaient fait aucune victime. Les dégâts matériels étaient très restreints, comme un impact dans une maison dans la ville de Sderot, qui historiquement, selon le plan de partition des Nations-Unies lors de la création d’Israël, faisait partie de la bande de Gaza.

Une offensive sans précédent. A cette heure, plus de 900 personnes ont été tuées, dont 235 enfants. Plus de 4000 personnes sont blessées. L’armée israélienne se targue de prévenir les populations civiles avant de bombarder en les appelant sur leurs téléphones portables. Problème, il n’y a plus d’électricité dans la majeure partie de la bande. Les portables sont donc pour beaucoup déchargés, à moins d’avoir un accès aux rares générateurs électriques. L’eau manque, la nourriture et le gaz de cuisine également. Tipzi Livni, actuelle ministre des Affaires étrangères, parle avec cynisme d'”une petite diète” imposée aux palestiniens. Dans le noir, la faim et le froid, les palestiniens ont peur. Ils sont traqués par les bombes, les chars et les navires israéliens. Traqués comme des rats. La frontière à Rafah est fermée. Ils ne peuvent se réfugier en Egypte. Alors ils se se réfugient dans les écoles, dans les structures des Nations-Unies, du CICR… Mais même là-bas, ils ne sont pas en sécurité, comme en témoigne le bombardement de l’école de l’UNRWA. 44 morts. Mais Israël sait déployer ses armes rhétoriques, des membres du mouvement “terroriste” Hamas avaient lancé des roquettes depuis cette école. Après enquête de l’UNRWA, aucune roquette n’avait été tirée dans les heures qui précédaient ces bombardements meurtriers. Israël insiste. Machination. Hier, un membre du personnel de l’UNRWA est décédé. Le convoi humanitaire qu’il acheminait a été pris pour cible par l’armée israélienne. C’est trop, pour l’UNRWA, qui décide, en signe de protestation, de suspendre ses opérations humanitaires à Gaza. C’est trop pour le CICR également, qui proteste en vain, contre le refus systématique d’Israël de leur permettre l’accès aux blessés coincés sous les décombres. Le CICR suspend également ses activités, momentanément nous l’espérons, car la population gazaouie a besoin de cette aide. Israël empêche l’entrée d’ONG étrangères à Gaza au passage d’Erez. Les ONG locales doivent faire face seules à l’horreur. La crise humanitaire est réelle. Et, non, il faut le dire, le répéter, Israël n’épargne pas les civils. L’argument que le Hamas se cache parmi les civils (bouclier-humain) n’est pas valable. Si Israël veut combattre le Hamas, qu’il lui ouvre les portes du désert du Neguev et l’invite à se battre là-bas. Comment sur une terre si étroite, aussi densément peuplée, les membres Hamas ne pourraient pas se confondre avec les civils?

Comment accepter qu’Israël agresse avec des armes si sophistiquées une milice qui fabrique artisanalement des roquettes? L’Union européenne l’a dit : ces frappes sont dispropotionnées. Sarkozy l’a répété lors de son ballet diplomatique au Moyen-Orient : “il n’y a pas de solution militaire”. Le dialogue ne peut qu’être la solution, mais Israël le refuse impunément. Quel est alors l’objectif d’Israël?

Ont été retrouvés dans une maison il y a quelques jours, une mère et ses quatres enfants. Elle était morte, eux étaient vivants et attendaient des secours depuis plus de deux jours. Face à cette horreur, sans doute faut-il méditer la phrase prononcée en 2002 par Moshe Yaalon, alors chef d’Etat-major de Tsahal (l’armée israélienne) : “Les Palestiniens doivent comprendre au plus profond d’eux-mêmes qu’ils sont un peuple vaincu.” Israël s’y emploie, soutenu par les Etats-Unis, qui ont voté aujourd’hui une résolution de soutien à Israël dans ses opérations militaires contre les “terroristes” du Hamas. Belle rhétorique sans cesse déployée qui permet de justifier le pire. Ainsi, malgré l’adoption d’une résolution au Conseil de sécurité, Israël poursuit et intensifie ses agressions en toute impunité aux yeux du Congrès et du gouvernement américain.

Leave a comment

Filed under French, Media and Journalism, Politics, Social

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s