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Où va la Tunisie ? by Marwane Ben Yahmed in Jeune Afrique


Cet article me fait penser sur une autre question: Vers où va le Maghreb? Avec Bouteflika, Ben Ali, Ghadafi, et M6, l’autoritarisme de longue durée est plus qu’installé dans la région.

Il fut un temps où l‘on pensait que le changement politique, ou plutôt l’ouverture politique, viendrait de la pression extérieure en imposant des conditions de libéralisation économique dans les accords signés soit avec l’Europe soit avec les Etats-Unis. Ce fut un mirage naïf dans lequel les pas du Maghreb imposèrent une économie libérale tout en maintenant une politique conservatrice. Aujourd’hui on attend toujours que ce soit l’économie qui renverse le politique, mais cette fois ci de la main du peuple lassé du taux de chômage et de l’absence d’une redistribution des richesses.

 

Le problème se pose toujours dans le relais politique.  Exilés, en prison ou morts, on se demande qui pourrait combler le vacuum que les actuels dirigeants laisseront  inévitablement et ceci, forcés par la nature…

N.S.

09/11/2009 10:19:15 | Jeune Afrique | Par : Marwane Ben Yahmed
Veille d'élections à TunisVeille d’élections à Tunis© Ons Abid pour Jeune AfriqueZine el-Abidine Ben Ali réélu, qu’attendre de son cinquième mandat ? Si l’ensemble des indicateurs économiques et sociaux sont au vert, le modèle tunisien donne des signes d’essoufflement et semble atteindre ses limites.

Contempteurs acerbes contre thuriféraires zélés, vitupération contre flagornerie : quand on parle aujourd’hui de la Tunisie, il semble qu’il faille choisir son camp et qu’il n’y ait pas d’autres voies possibles. On l’attaque ou on la défend aveuglément, sans nuance. Bref, c’est l’enfer ou le paradis. La vérité ? Ni l’un ni l’autre, évidemment. La litanie de clichés et de caricatures qu’on nous inflige – pour louer ou condamner – devient lassante. Aux excès des uns répondent les dérapages des autres. La Tunisie, comme le Maroc et l’Algérie, suscite les passions, en particulier de l’autre côté de la Méditerranée. Surtout en période électorale…

Zine el-Abidine Ben Ali a donc été réélu, sans surprise, pour un cinquième et théoriquement dernier mandat, avec 89,62 % des voix, contre 94,49 % en 2004 et plus de 99 % lors des scrutins de 1999, 1994 et 1989. Taux de participation officiel : 89,45 %. Face au chef de l’État sortant, trois candidats, dont deux de la mouvance présidentielle, Mohamed Bouchiha (Parti de l’unité populaire, PUP, 5,01 % des voix) et Ahmed Inoubli (Union démocratique unioniste, UDU, 3,80 %). Ahmed Brahim, seul véritable opposant, du parti Ettajdid (Le Renouveau), ne recueille que 1,57 % des suffrages, légèrement mieux que son prédécesseur de 2004, Mohamed Ali Halouani (0,95 %). Une réélection dans un fauteuil donc, mais avec un score inférieur à ceux des précédentes présidentielles.

Côté législatives, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir) obtient 84,59 % des voix, remportant ainsi 75 % des sièges, soit 161 sur les 214 que compte la Chambre des députés. Les 25 % restants, 53 sièges, étant réservés par la loi aux autres partis. En dehors de la galaxie des partis affiliés à la mouvance présidentielle, seul Ettajdid sera représenté au Parlement, avec deux députés. Le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) de Mustapha Ben Jaafar n’obtient aucun siège. Le Parti démocratique progressiste (PDP) de Nejib Chebbi et Maya Jribi, lui, a préféré la voie du boycott. Voilà pour les résultats.

Quel état de santé ?

Parmi les réactions diplomatiques, celles des deux principaux soutiens de la Tunisie, pas vraiment sur la même longueur d’onde. La France applaudit et félicite l’hôte du Palais de Carthage. L’administration américaine, elle, a préféré émettre des réserves. « À notre connaissance, aucune autorisation n’a été accordée à aucun observateur international crédible », a expliqué le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, avant de préciser que les États-Unis étaient prêts à travailler avec les autorités tunisiennes et appelaient de leurs vœux des réformes politiques et un plus grand respect des droits de l’homme. Rien de très nouveau de ce côté non plus.

L’élection passée et les tensions retombées, quel diagnostic établir sur « l’état de santé » de la Tunisie ? Quelle direction emprunte le pays ? Que peut-on attendre du quinquennat qui s’ouvre ? L’enquête minutieuse – et débarrassée de tout élément subjectif – que nous vous proposons dans les pages qui suivent s’intéresse essentiellement à la sphère économique et sociale, pierre angulaire des réalisations du régime de Zine el-Abidine Ben Ali et bouclier généralement brandi par les défenseurs du pays face aux attaques répétées sur l’état des libertés. Elle livre plusieurs enseignements.

Première leçon, la Tunisie se porte bien, résiste mieux que d’autres à la récession mondiale. Les fondamentaux sont solides, les acquis sociaux aussi. En revanche, et c’est là que le débat sur l’impérieuse ouverture démocratique prend tout son sens, l’économie donne des signes d’essoufflement. Ou plutôt, elle plafonne. Les points de croissance qui lui manquent pour devenir un champion méditerranéen et non plus seulement africain sont conditionnés par cette ouverture. Inutile de les chercher ailleurs, sauf à grappiller ici et là quelques décimales… Davantage de libertés, donc, mais aussi de transparence et de débats. Sinon, le risque est grand de voir la Tunisie condamnée à stagner, à un niveau très honorable, certes, envié par nombre d’autres pays africains – qui peinent d’ailleurs à comprendre les critiques formulées, la plupart du temps par les Occidentaux, à l’encontre d’un pays dans lequel ils aimeraient bien vivre –, mais loin de son potentiel présumé. Sans parler de la probabilité que les élites intellectuelles et économiques finissent par aller chercher sous d’autres cieux la possibilité de donner la pleine mesure de leurs talents.

La Tunisie va donc plutôt bien. Mais, pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali, les incertitudes semblent prendre le pas sur les motifs de satisfaction. Pour une raison simple : ce qui est fait n’est plus à faire. Éducation performante, santé pour tous, développement humain, éradication de la grande pauvreté, infrastructures, émergence d’une large classe moyenne, droits de la femme, stabilité : autant de véritables acquis, qu’il faut consolider certes, mais qui existent, sur le papier comme dans la réalité. Les sources d’inquiétude ? Le chômage des jeunes, les investissements en baisse, l’endettement des ménages… et l’avenir. Seule certitude, les promesses de Ben Ali : réduire le taux de chômage (14 %, d’après les chiffres officiels), augmenter de 40 % le revenu moyen des Tunisiens d’ici à 2014, garantir les libertés et accélérer l’émancipation des femmes à travers une politique de discrimination positive.

Le chef de l’État devrait, dans les semaines à venir, impulser une nouvelle dynamique en injectant du sang neuf au sein du gouvernement, voire à la tête de ce dernier. L’inamovible Premier ministre Mohamed Ghannouchi, en poste depuis dix ans maintenant, pourrait être remplacé. Le profil et l’identité de son éventuel successeur devraient nous renseigner sur les orientations que compte donner Ben Ali à son cinquième mandat. Unique centre de décision et d’impulsion, le chef de l’État a toutes les cartes en main. Adepte de la méthode des petits pas et soucieux de préserver la stabilité, sera-t-il disposé à procéder à l’ouverture tant attendue et à « lâcher du lest » ? Si la Tunisie veut continuer sur sa lancée et rester le modèle de développement qu’elle incarne encore, elle n’a pas le choix. Non pas pour faire taire ses contempteurs, améliorer son image ou céder aux pressions extérieures, mais parce qu’il y va de son avenir. Tout simplement.

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Tunisie : Ben Ali réélu président avec 89,62% des voix, in Jeune Afrique

Rien d’étonnant si l’on tiens en compte la mode au Maghreb de figer les résultats électoraux entre le 80% et le 90%.  Mon professeur au Lycée répétait constamment : “Le 20 sur 20 est pour Dieu, le 19 sur 20 pour le professeur et le 18 sur 20, et en dessous,  pour les étudiants”.

Il parait que cette maxime fonctionne bien avec les dirigeants Maghrébins qui réservent le 100% pour Allah et le 90% pour eux. Encore reste que le peuple ait  un jour ses élections.

Il y eu une période ou changer les résultats électoraux était le modus operandi des dirigeant Maghrébins. Aujourd’hui, devant le manque de candidats crédibles dans les élections (puisque aucun candidat crédible a l’argent pour y participer ou a l’autorisation gouvernementale ou simplement est en prison) les régîmes autoritaires manipulent les résultats en gonflant le pourcentage de participation électorale, comme si ici se tenait la nouvelle bataille pour la légitimité du régime.

N.S

Tunisie : Ben Ali réélu président avec 89,62% des voix

Le meilleur résultat de Ben Ali a été réalisé parmi les électeurs à l’étranger (94,85%)
© AFP
Le président tunisien sortant Zine El Abidine Ben Ali a été officiellement réélu pour un 5e mandat avec 89,62% des suffrages exprimés lors de la présidentielle de dimanche, selon les résultats définitifs affichés lundi à l’aube au ministère de l’Intérieur.

Ces résultats portent sur l’ensemble des 26 circonscriptions que compte le pays et incluent le vote des expatriés, le score de M. Ben Ali variant entre 84,16% et 93,88% à Monastir (Est), son meilleur résultat a été réalisé parmi les électeurs à l’étranger (94,85%).

Son score se situe ainsi en dessous de la barre fatidique de 90% réalisés lors des deux premières présidentielles pluralistes de l’histoire de la Tunisie indépendante (1999 et 2004).

Au pouvoir depuis 22 ans, M. Ben Ali a été réélu pour un cinquième mandat de cinq ans à la présidence face à trois candidats de l’opposition parlementaire.

Les scores des deux candidats proches du pouvoir se situent à 5,01% pour Mohamed Bouchiha, du Parti de l’Unité populaire et 3,80% pour Ahmed Inoubli de l’Union démocratique unioniste, selon les chiffres officiels définitifs.

Raz-de-marée du RCD aux législatives

Ahmed Brahim, quatrième candidat se posant en “vrai concurrent” critique à l’égard du régime a réalisé le score le plus faible, soit 1,57% des voix recueillies sous la bannière d’une coalition de gauche autour de son parti Ettajdid (Renouveau, ex-communiste).

Aux législatives, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) du président Ben Ali a remporté 161 sièges sur 214 à la Chambre des députés (75%).

Les 53 restants seront départagés à la proportionnelle entre six des huit partis en lice.

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